|
Lettre de défense des droits quilombolas - Genève 22 Avril 2009
Les communautés de descendants des Quilombos au Brésil saluent les participants à la conférence de révision de Durban, réalisée du 20 au 24 Avril 2009 à Genève en Suisse pour réaffirmer l’engagement international de la déclaration et programme d’action de Durban (DDPA), conformément à son adoption lors de la conférence mondiale contre le Racisme, la Discrimination Raciale, la Xénophobie et les Intolérances réalisée à Durban en Afrique du Sud en 2001.
Nous profitons de l’opportunité pour dénoncer auprès de la communauté internationale les attaques dont nous souffrons systématiquement de la part d’un secteur de la société brésilienne très puissant.
Nous sommes actuellement 5.000 Communautés Quilombolas sur l’ensemble du Territoire National, descendants d’africains réduits en esclavage qui ont été exclus du projet de démocratisation du pays, qui par conséquent se sont organisés en associations autonomes et quasi indépendantes au sein de la société moderne.
A peine plus de 100 ans après ce qui a été appelé « l’Abolition de l’Esclavage » au Brésil, les Communautés Quilombolas ont obtenues une première reconnaissance juridique, lors de l’écriture de la nouvelle Constitution Fédérale qui a inclus au sein de ses « orientations transitoires » l’article 68, amendement constitutionnel auto applicable traitant de la garantie des droits fondamentaux collectifs, selon la propre constitution Brésilienne. Voici le texte de cet amendement traduit en français « Aux descendants des communautés des quilombos qui sont installés sur leurs terres, est reconnu la propriété définitive, dont le titre doit leur être délivré par l’Etat».
20 années après la parution de la nouvelle Constitution Fédérale, nous constatons qu’au lieu de se hâter à récupérer le temps perdu nous assistons à un lamentable débat abordant des questions non pertinentes qui empêchent le bon déroulement du processus de régularisation des Territoires Quilombolas au Brésil.
En 2003, le Président de la République Luís Inácio Lula da Silva, en vertu de ses pouvoirs et en lien avec le DDPA, a signé le décret 4.887/03 établissant une Politique Nationale de soutien aux communautés Quilombolas, et surtout normalisant le processus administratif de régularisation des Territoires Quilombolas.
Dès 2004 la riposte fut rapide, l’ancien PFL (Partido da Frente Liberal – Parti du Front Libéral), actuellement appelés Démocrates, dépose auprès de la plus haute instance judiciaire du Brésil, le STF (Supremo Tribunal Federal – Haut Tribunal Federal), une ADI (Ação Direta de Inconstitucionalidade - Action Directe d’anti Constitutionalité) demandant à ce que soit considéré anticonstitutionnel le décret 4.887/03.
En 2007, le Député Fédéral Valdir Colatto (PMDB/SC) a déposé un PDL (Projeto de Decreto Legislativo - Projet de Décret Législatif) numéro 44/07 à la Chambre Fédérale des députés, demandant l’annulation du décret traitant de la question Quilombola. Comme si ce n’était pas suffisant, le sénateur Lúcio Alcântara (PSDB/CE) a déposé au Sénat Fédéral un PEC (Projeto de Emenda Constitucional - Projet de Correction Constitutionnel) numéro 190 qui cette fois n’intervient pas au niveau du décret 4.887/03 mais traite du propre dispositif constitutionnel qui assure le droit, l’article 68 du ADCT (Atos das Disposições Constitucionais Transitórias - Acte des Dispositions Constitutionels Transitoires)
Toutes ces décisions ont été menées parallèlement à une série d’évènements violents, qui terrorise les communautés Quilombolas, pendant lesquels ont été constatés de fréquents cas d’agressions de toute nature, avec des menaces constantes, actes orchestrés avec un fort appui médiatique, soit une véritable guerre froide, dont le but est de former l’opinion publique à croire que le mouvement Quilombola vu comme un groupe marginal qui menace la paix de la société et le droit à la propriété. Au point que le sujet est devenu le thème d’un feuilleton télévisé défendant la monoculture d’Eucalyptus utilisés dans la production de Cellulose, qui est précisément un des cas de violation des Droits de l’homme mettant en scène des communautés Quilombolas de l’état de l’ Espírito Santo, dans la région Sud-est du Brésil.
Il convient de rappeler que les Territoires Ethniques sont de propriété collective, nécessaires à la reproduction sociale, culturelle, économique, religieuse et respectueuse de l’environnement, identifiés à partir de critères d’autodéfinition, conformément au décret 4.887/03 et à la convention 169 de l’OIT (Organização Internacional do Trabalho – Organisation Internationale du Travail). Le processus de régularisation de ces territoires obéit à des normes de propriété inaliénables, ce qui contrarie les intérêts de groupes liés aux secteur de l’agriculture intensive ou d’autres forces économiques, parmi lesquelles se distinguent des entreprises multinationales de pays dits développés qui exploitent de manière violente e criminelle des groupes sociaux, ainsi que des ressources naturelles du Brésil, tout comme d’autres pays en voie de développement d’une manière générale.
Aujourd’hui le PDL 44/07, tout comme le PEC 190 sont au Congrès National pour analyse, alors que l’ADI 3.239/04 est entre les mains du jugement du STF. Nous pensons qu’une victoire ou une défaite de notre part fera jurisprudence pour les cas similaires fortifiant ou fragilisant la lutte de ces peuples en Amérique Latine et dans le Monde.
Pour toutes ces raisons, nous demandons l’appui de la Communauté Internationale, sensible aux causes des peuples appelés « minorités », dans le cadre d’une intervention politique demandant une action plus effective de l’Etat Brésilien à tous niveau de pouvoir, dans le cadre de la défense du peuple Quilombola.
Enfin, nous demandons à La communauté internationale de se faire écho du cri de la communauté afro-brésilienne :
 Pour Le maintien Du décret 4.887/03 et l’immédiate application de l’Article 68 du ADCT de La constitution Fédérale;
 Pour l’application de la convention 169 de l’OIT e des Traités Internationaux de Défense des Droits de l’Homme;
 Pour l’approbation du statut d’Egalité Raciale en parfait accord avec les intérêt du peuple Quilombola;
 Et pour la solidarité des groupes religieux persécutés dans le monde entier, surtout, les religions Africaines et dérivées;
Nous profitons de l’opportunité pour dénoncer ceux qui utilisent la Conférence de Révision de Durban, tant importante pour la résolution des problèmes historiques des peuples appelés minorités, pour orchestrer leurs scènes de disputes, en se plaçant au coeur du débat. Nous dénonçons également ceux qui utilisent des arguments futiles pour ne pas participer au débat, démontrant une totale non-disposition à la recherche de solutions aux problèmes raciaux, sociaux, ethniques, religieux et d’immigration, aggravé par le fait qu’une part importante de ces populations est composée de jeunes et de femmes, sujets à toutes les formes d’intolérances corrélées, affligeant historiquement les groupes les moins favorisés du monde.
CONAQ - Coordenação Nacional de Articulação das Comunidades Quilombolas
La signature du manifeste pour Quilombola droits:
www.PetitionOnline.com/conaq123/petition.html
www.conaq.org.br
|